#36 Podcast – Claire Desmares-Poirrier : La petite voix de l’engagement

Une invitation à écouter ta petite voix

Claire Desmares Poirrier Podcast

Dans l’épisode du podcast du jour avec Claire Desmares Poirrier, je vais vous présenter une femme incroyable. J’ai pris énormément de plaisir à l’interviewer car son univers est très clairement très éloigné du mien.
Claire Desmares Poirrier vient d’un milieu ouvrier, suite à son diplôme à Science Po Lille, elle est partie 1 an dans la jungle de Calais, elle a ensuite été responsable d’un centre d’hébergement d’urgence pour Emmaus. Elle quitte alors cet univers très difficile pour en affronter un autre celui de la communication au sein de la région. A 25 ans, elle décide de partir vivre à la campagne et créer l’Amante verte. 10 ans après, elle vit de son projet et Claire se présente à la Présidence de la Région Bretagne.
Je vous souhaite la bienvenue dans l’univers de Claire Desmares-Poirrier, dans ce podcast.

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biographie Claire Desmares Poirrier

Les meilleures citations de l’épisode

J’ai appris, aujourd’hui, à dissocier le choix de vie et le choix professionnel, enfin la question de la carrière.
Quand on est ado, on nous dit que choisir sa vie c’est choisir son métier. Aujourd’hui, ce que je défends moi c’est que choisir sa vie ce n’est pas que choisir son métier. C’est aussi choisir où on l’exerce, dans quelle communauté on s’intègre, comment est-ce qu’on fait ce métier. Parce qu’en fait, il y a mille manières d’être agriculteur, d’être médecin, d’être comptable…

Les choix qu’on fait à 18 ans ce n’est pas des vrais choix, on n’est pas assez mûrs pour les faire. Souvent on est très guidé par ce qui nous entoure et il suffit qu’on ai une facilité scolaire dans un espace les parents poussent.
On va nous donner la confiance dans cet espace là, et la confiance c’est ce dont on a le plus besoin quand on est ado, donc on y va et on plonge et en fait peut-être que cinq ans plus tard, quand on a mâturé ce truc là et qu’on se dit mais ce n’est pas à moi que ça appartient ce truc là, c’est un truc qui a été projeté sur moi c’était confortable de le vivre un moment bon, je peux m’en libérer.
Pour moi ça c’est très différent, la politique c’est mon appétence, l’engagement c’est mon chemin.

Le jour où j’ai eu mon diplôme de Sciences Po, mon père m’a dit « je ne pensais pas que tu y arriverais ». C’est hyper violent.
Ils n’ont pas compris pourquoi je m’étais infligé ce truc là, pourquoi je voulais aller vers cette difficulté.

Si tu as des enfants jeunes, tu sais ce que c’est, cet appétit d’apprendre. Le truc qui ne s’explique pas trop… les difficultés et le fait que ce soit difficile qui rend le truc encore plus désirable, le fait de voir des gens de l’autre côté de la barrière et de se dire waouh j’ai tellement envie d’y être. Du coup tomber, s’égratigner les genoux se faire mal alors que par ailleurs ils peuvent – quand ils se prennent les pieds dans le tapis, tomber et faire une crise d’une demi-heure et ne pas s’en remettre parce qu’ils sont tombés. Là, pour apprendre à faire du vélo il n’y a rien qui les arrêtent, ils se relèvent après la difficulté. Bien sûr ils regardent toujours derrière s’il y a quelqu’un avec bienveillance qui leur dit « vas-y tu vas y arriver ». Il y a quand même quelque chose de ça et puis à la fin l’exultation d’avoir réussi parce qu’un processus d’apprentissage, un vrai processus d’apprentissage d’un truc qui est essentiel dans une vie c’est un processus qui relèvent de ce truc là. Et je pense que ce que j’ai vécu à ce moment là et que j’ai revécu aussi dans l’ arrivée dans la vie paysanne c’est ça. C’est-à-dire, le désir d’apprendre, l’appétit d’un truc qui est de sentir qu’on est à sa place et que cette place ça ce mérite en fait. Il n’y a pas d’autres chemins que ça, en vrai.

Je pense très sincèrement et très intimement que trouver sa place, ça nécessite un processus de construction qui est éprouvant mais c’est cet exercice et c’est cette épreuve qui donne de la valeur à ce qu’on a construit après.

Je ne voulais pas vivre avec cette tension de menace sur ma vie. A la fin de mon contrat, je me suis sentie libérée.

J’étais vraiment dans un schéma de tradition assez classique de mauvais management et de souffrance au travail de base et je pense que j’étais en plus assez éprouvée de ce qui s’était passé avant et que j’avais plutôt la nécessité de trouver des conditions où je pouvais travailler sereinement. Et en fait, ce n’était pas le cas. Par ailleurs, j’avais un sentiment de d’incohérence totale entre les belles idées que je défendais, qu’on était censé défendre et la manière dont on vivait au quotidien avec mon quotidien, avec la la quantité de déplacement les contraintes de vie liées au rythme de travail, qui fait qu’on bouffe de la merde. En plus, la com c’est un espace surtout en politique où il faut être tout le temps être réactif, pondre des communiqués de presse à 4h du mat pour la matinale. Je me suis vite sentie pas à l’aise et pas à ma place du tout. J’avais un début d’ulcère à l’estomac et surtout j’ai commencé à devenir claustro. Ça, je pense qu’il n’y a pas grand monde qui le sait – enfin des gens avec qui je bossais à l’époque – mais en fait je ne pouvais plus prendre l’ascenseur, parce que je faisais des crises d’angoisse dans l’ascenseur. Du coup je montais les sept étages à pied. J’avais des troubles du sommeil…

Je suis allée voir mon médecin, que je connaissais bien et à l’époque j’ai commencé à demander des anxiolytiques puis des antidépresseurs puis des somnifères et un jour il m’a dit non je vais vous faire une ordonnance maintenant et il m’a écrit : changer de travail. Je sais que si ce n’est pas moi qui vous le dit, peut-être que personne ne vous le dira. Mais en fait, je vais arrêter de vous donner des pilules et vous allez faire quelque chose qui va être important pour vous. Parce que là je ne vois pas de perspectives et à chaque fois que vous me parlez de quelque chose vous parlez de votre rythme de travail, de votre sommeil à cause de votre travail, de votre alimentation à cause de votre travail. Et en fait, je crois qu’il y a vraiment un problème. C’est sûr qu’à 25 ans, se dire qu’on est autant en difficulté par rapport à ça, alors qu’on a un diplôme.
La sortie de cette situation de crise, qui était vraiment ultra violente m’a confortée là dedans, c’est-à-dire que j’ai vu des élus qui étaient censés être des managers se comporter avec moi comme avec des adversaires politiques. Qui ont utilisé les mêmes méthodes et en fait je me suis dit il y a quelque chose de dysfonctionnelle, je le sentais, je le savais.

Le fait que ça a été super violent m’a permis de tout plaquer, sans même me poser la question de ce que cela pouvait représenter comme perte.

Comment j’ai pu être dans un tel état en 1 an, compte tenu aussi de ce qui était en jeu ?

J’étais partante pour tout, je n’avais aucune limite. J’ai fait tomber vachement de barrières et c’était hyper excitant. C’était vraiment un moment de joie.

Quand on est allé chez un architecte la première fois, qu’il nous a dit bon si vous voulez faire ce que vous voulez, vous devez sortir deux cent mille euros. Je suis sortie, j’ai pleuré.
Il y a eu pas mal d’étapes où on a été ramenés à ce qu’on voulait faire réellement et les moyens qu’il allait falloir déployer, et d’énergie qu’il allait falloir déployer. Il y a eu pas mal de moments assez difficiles, mais en même temps il y avait la place pour l’exprimer.

On pleure, on crie, on tape du poing sur la table, peut- être on boit trop un soir et puis le lendemain on se réveille et on se dit bon ok maintenant on fait quoi ? Ça aussi c’est fort de pouvoir dire c’est trop dur et d’avoir la place pour le faire et après d’avoir les gens autour qui vous disent tu n’es pas tout seul, tu as de la ressource on va y arriver.

J’en ai beaucoup parlé, notamment avec Eric Guérin, qui est le chef de la mare aux oiseaux. Eric Guérin, il a une communauté qu’il appelle ses pioupious, qui sont tous les gens qui sont placés par la mare aux oiseaux. C’est très fort le lien entre eux, il y a une très grande bienveillance. Je lui ai dit c’est génial, mais comment tu fais ? Comment toi tu accueilles ça le fait que tu te donnes, tu formes, tu accompagnes, tu as besoin de ces gens parce qu’en fait ce restaurant, c’est notre projet, mais on ne l’a pas fait tout seul. Il y a plein de gens qui interviennent. Comment on fait alors qu’on a tellement besoin d’eux, pour les laisser partir, sans avoir le sentiment d’être abandonnés et sans avoir la peur de ce qui va se passer ensuite ?
Si tu veux devenir un vrai chef cuisinier, si tu veux devenir le patron de ta boîte, tu dois savoir faire ça et c’est ça qui est le plus dur à apprendre : c’est pas de cuisiner, c’est pas la gestion, c’est peut-être ça qui est le plus compliqué et c’est peut-être ça qui est le plus important.

Il y a dix ans, être en position de responsabilités politiques, à l’âge que j’avais, avec le background que j’avais, avec les compétences humaines et managériales que j’avais, ce n’était pas le moment parce que c’était une forme de responsabilité qui était trop importante. C’était une forme d’humilité. Alors bien sûr que je vois plein de mecs qui se posaient pas la question, qui y allaient quand même.

L’arrivée d’un enfant, avec la façon dont on avait envie de l’accueillir au monde – quand j’ai allaité pendant un an, je n’ai pas le même mode de vie que si je l’avais à la crèche. Il y avait des choix qui étaient aussi difficiles à faire, qui nous mettaient face à nos idéaux. La vie nous a beaucoup interrogé. Où on en était par rapport à notre socle de valeurs et nous a poussés à faire des choix adapté à ce modèle de départ.
Le projet qu’on vit aujourd’hui est celui qu’on avait pensé au départ, mais la manière dont on le vit est totalement différente.

J’ai réussi ma vie, si j’ai construit un réseau solide de gens différents, que j’aime qui m’aiment et qui s’apprécient entre eux et qui se respectent et qui se soutiennent.
C’est la fierté de tirer de la terre un revenu et une une manière de me substanter et c’est aussi de pouvoir apporter à d’autres la confiance et le courage de vivre des choses semblables, donc peut-être d’être capable de porter ce message et de le vivre pleinement et de garder une place pour ce qui m’anime, que ce soit la musique ou la politique.

Même dans l’échec, je suis fière de moi. C’est ce que j’encourage les gens à accueillir. Ce n’est pas grave de rater ! On a un système scolaire tout pourris, qui considère que quand tu as raté tu es un loser. Non ! Quand tu as raté, tu as essayé mais tu n’a pas encore réussi. Tu n’es pas un loser du tout. Les ratages, c’est la préparation de l’étape d’après.
Il n’y a pas d’échec en politique, il n’y a que des leçons. Il faut accepter de perdre pour gagner.

Est-ce qu’on est plus utile dans des grands espaces de pouvoir ou planqué tout seule dans sa ferme ?
Le renoncement c’était celui d’un modèle de réussite, celui d’un confort au quotidien. Je n’ai pas eu l’impression de perdre quelque chose.

Pendant longtemps, je me suis dit que si ça n’allait pas assez vite, c’est parce que je n’en faisais pas assez. Je me suis donc beaucoup usée.

J’avais peur de ne pas y arriver, de ne pas en être capable, notamment physiquement.

Est-ce que ça vaut la peine ?
On s’est dit qu’on avait envie que le chemin soit aussi beau que l’objectif.
On ne veut pas arriver à la fin, à réussir l’objectif pour dire, si j’avais su, je ne l’aurai pas fait.
On a fait des arbitrages qui n’étaient pas bons pour notre entreprise.

Je suis fière d’avoir su créer le JE dans le NOUS.

La chance n’est pas un enjeu. On a tellement cumulé les merdes de parcours.

A chaque fois qu’on nous a donné le contact de quelqu’un, on est allé au bout.
Comment on accueil les ressources qui nous sont mises à disposition ?

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Dans cet épisode de Podcast avec Claire Desmares Poirrier, on parle de…

De Caroline Abadie, qui a quitté l’univers du digital à Paris pour ouvrir une chambre d’hôtes dans la Drome avant d’être élue député.

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