#37 Podcast – Dr. Heidi Sevestre : La petite voix des glaciers

Heidi Sevestre podcast

Dans ce nouvel épisode du podcast, je suis très heureuse de vous présenter le Docteur Heidi Sevestre. En la découvrant, j’ai également découvert son métier : glaciologue. Comme j’ai pu vous en parler à l’occasion de l’épisode bonus de Noël, quand on est podcaster il arrive d’avoir des galères. Nous avions fait un 1er enregistrement avec Heidi mais celui-ci a été endommagé, ceci est donc notre 2e enregistrement. Vous comprendrez donc pourquoi je suis autant calé en glaciologie.
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Je ferme la parenthèse, Heidi fait partie de ces personnes qui ont écouté leur petite voix très jeune, elle a donc toujours été glaciologue mais quand dans la majorité des métiers, il y a plusieurs façons de les appréhender. Elle s’est donc tournée vers la communication scientifique, au grand dam de ses paires. Je ne vous en dis pas plus. Je vous souhaite la bienvenue dans le podcast, dans l’univers du Docteur Heidi Sevestre.

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Les meilleures citations du podcast avec Heidi Sevestre

Je venais de passer 6 mois pour faire mon Erasmus au Svalbard, mais c’est quand même un Erasmus assez particulier. Un Erasmus à 4000 km de la France, à 4000 kilomètres de chez moi. Et j’ai passé six mois qui m’ont complètement changé ma vie, complètement retourné le cerveau parce que ces six mois aux confins de la civilisation, ces six mois au cœur de l’Arctique… Et j’étais tellement triste en partant à la fin de ces six mois parce que ça m’avait complètement bouleversé, complètement transformé. Je ne savais pas si j’allais pouvoir retourner un jour au Svalbard. Je ne savais pas que j’allais y habiter pendant quatre ans. Je ne savais pas que j’allais y retourner chaque année. Et pour prendre un petit bout du Svalbard avec moi, j’avais acheté ce petit pendentif et c’est le même depuis douze ans. Et je crois ce qui m’a apporté énormément de chance.

Ça a été une grande ligne directrice pour moi de se dire que de voir des problèmes plutôt comme des challengers et de tout faire pour y remédier.

Quand j’ai grandi, je ne savais pas que ce métier de glaciologue existait. Il y a vraiment une personne en particulier qui a rendu ça possible.

Hubert m’a dit mais dit tu sais, il y a des gens, on les paye pour étudier les glaciers. Je ne savais pas que c’était possible à l’époque, ça ne faisait pas du tout partie de mes perspectives. Pour moi, pour rester au contact de la montagne soit tu devenais guide de haute montagne, soit tu ne faisais pas un métier en contact avec la nature, avec la haute montagne. Il a rendu ça possible, et donc dès 16 ou 17 ans, je me suis dit moi aussi, j’ai envie d’être payée pour étudier les glaciers et c’est pour ça que, petit à petit, je me suis orientée vers la filière de la glaciologie.

Mes parents ne m’ont jamais mis des barrières. Ils m’ont poussé à me questionner. Ça, c’est sûr ! Tu peux toujours compter sur les parents pour ça, mais c’est ça été un processus assez sain.

On parlait de mon premier séjour au Svalbard. C’était en 2008, au moment où j’ai acheté ce petit ours polaire, ce petit pendentif, ça a été aussi le moment où je me suis fait prendre dans une avalanche. Et ce moment m’a vraiment énormément marqué encore aujourd’hui. C’était la fin de ce semestre Erasmus où tout s’était bien passé, où j’avais passé six mois extraordinaires. Mais finalement, peut être que c’était là encore un rappel de la nature pour me dire Bah ouais, tu vois, c’est toujours moi qui suis là, c’est toujours moi qui gagnerait à la fin. Ça m’a appris à écouter mon instinct et c’est quelque chose que je n’avais pas trop avant, quand j’étais en pleine nature, quand j’étais en montagne, dans les glaciers. Je pensais bien comprendre la nature. Je pensais bien comprendre les glaciers à l’époque, mais maintenant, je sais que quand j’ai une petite voix qui me dit Oulala, qu’est ce que tu es en train de faire ma petite Heidi, regarde la situation dans laquelle tu es. Maintenant, je donne beaucoup de valeur à cette petite voix dans ma tête et je n’ai pas peur de dire, par exemple, à mon équipe ce que je ressens quand je sais, je sens qu’on est en train de faire une grosse bêtise.
Et c’est ce qui s’est passé, en fait. Pendant cette avalanche avant l’avalanche, avant qu’on déclenche l’Avalanche, c’est ça qui était le plus stupide. C’est que c’est nous qui l’avons déclenché. Je sais qu’il y avait plein de signaux d’alarme qui étaient en train de se déclencher autour de moi et malheureusement, on a continué quand on a continué à grimper cette montagne. On se dit oh oui, ce n’est pas grave, on va continuer, pas de souci. Et puis finalement, voilà, l’Avalanche s’est déclenchée et nous a embarqués avec elle.

À force de faire des expéditions maintenant, je donne énormément de valeur à la personne qui a le plus peur dans l’expédition. Que ce soit moi ou quelqu’un d’autre. Et je me souviens, j’avais un de mes profs en glaciologie qui est la première fois qu’on était allé sur le terrain avec lui. On était tous des jeunes pousses en glaciologie, mais c’était vraiment le maître Yoda. On est arrivé sur le glacier et il nous a dit, écoutez moi ici, je suis la plus grande poule mouillée. Moi, sur des glaciers, j’ai toujours froid. Moi, j’ai toujours faim. Moi, j’ai toujours peur de ce qui se passe autour de nous. Ce n’était pas fait pour nous rassurer, mais au moins que lui nous dise qu’on pouvait avoir le droit de s’exprimer, qu’on pouvait avoir le droit de dire qu’on avait peur, qu’on avait froid, qu’on avait faim et bien tout de suite ça a instauré vraiment une très, très bonne atmosphère.

Et aujourd’hui, c’est essentiel qu’à chaque expédition que je fais, j’essaye de donner la même valeur. Qu’on puisse communiquer, qu’on puisse s’exprimer et de donner beaucoup de valeur à la personne qui a peur. Parce que si cette personne a son instinct, qui lui dit je ne le sens pas trop, ça veut dire qu’il faut faire encore plus attention à ce qui se passe.

On ne nous apprend pas à montrer cette vulnérabilité. On ne nous apprend pas à nous exprimer. Voilà, on doit être des wonderman et des wonderwoman et malheureusement, il faut complètement retourner ça : d’arriver à s’exprimer, d’arriver à communiquer ses sentiments. C’est une force immense et c’est une force pour toute l’équipe.
Parce que, comme tu dis, si on ne s’exprime pas, c’est tout le monde, malheureusement, qui risque de payer ça par rapport au fait qu’il y a un élément qui ne s’y retrouve pas. Et voilà, ça arrive, ça mène à des burn out, voire pire. Malheureusement, les situations peuvent être extrêmement critiques. Pour nous aussi, c’est des dangers de vie ou de mort sur des glaciers. Si encore on ne s’exprime pas, pour nous le curseur en glaciologie, c’est vraiment ça : Est-ce que je suis en danger de mort ou je ne suis pas en danger de mort ?
Le plus important, c’est d’arriver à s’exprimer, qu’on soit dans des milieux polaires ou pas. C’est de dire ce que l’on ressent et de donner énormément de valeur quand quelqu’un ose faire confiance et s’exprimer.

(Mes parents)… je le sais, ils sont assez angoissés par rapport à ce que je fais. Je ne leur dis partout. Parce que si je leur disais tout, je pense qu’ils ne me laisseraient pas partir, même si je suis grande aujourd’hui.

J’ai un petit peu tourné cette page du milieu de la recherche parce que c’est un milieu qui reste un milieu assez particulier, et je ne m’y retrouve plus vraiment.
Là où je ne m’y retrouvais plus, en glaciologie, c’est comme tu le sais, notre monde en glaciologie s’effondre aujourd’hui avec le changement climatique. On est en train de perdre tous nos glaciers. On est en train de perdre nos calottes polaires. Le Groenland et l’Antarctique aussi. C’est terrible ! Chaque jour tu lis des nouvelles études en glaciologie et à chaque fois c’est des nouvelles absolument terribles. Et c’est difficile de ne pas être affectée par ça. Mais en fait, en glaciologie, si tu veux continuer dans ta carrière, si tu veux être valorisée, tout ce qui compte, c’est de publier des études, de publier des résultats et travaux dans des journaux scientifiques. Et c’est des journaux qui sont complètement inaccessibles au reste du monde. Donc, si tu n’es pas glaciologue, tu n’es pas scientifique, finalement, ces journaux ne sont pas du tout fait pour toi. Et donc, en glaciologie, si tu veux continuer dans ta carrière, tu veux devenir maître de conférences, professeur.
Tout ce qui compte, c’est « publish », ou sinon, si tu ne fais pas, c’est « perish ». Donc tu publie ou tu péris. Quand le monde est en train de s’effondrer autour de toi et que tout ce qui compte, c’est d’écrire des articles scientifiques dans des journaux scientifiques que personne ne lit, à part les scientifiques, tu dis mais attends, je suis en train de faire quoi ? Finalement, est-ce que je suis en train de faire une différence, en continuant à publier ? Tu as deux options soit tu mets les œillères et tu te dis moi, tout ce qui compte, c’est ma carrière, je publie à fond ! Ou comme moi, je n’en peux plus. Et tu dis mais c’est pas possible, j’ai envie de crier au monde entier. Qu’est que je suis en train de voir? J’ai envie d’expliquer à mes parents, à mes amis. J’ai envie d’expliquer aux gouvernements, aux écoles, à tout le monde ce qui est en train de se passer au niveau des glaciers. Et le problème, c’est que ça n’est pas du tout valorisé d’aujourd’hui dans les milieux scientifiques et la glaciologie en particulier. Si tu te lances dans ce qu’on appelle la communication ou la vulgarisation, on a l’impression que tu te rabaisses.
Oui, c’est très mal vu. Malheureusement, ça n’a pratiquement aucune valeur ou très peu de valeur aux yeux des scientifiques aujourd’hui. En fait, on a l’impression que t’es allé au summum des études dans le monde académique, tu es devenu docteur en glaciologie. C’est extraordinaire. Mais pourquoi est ce que tu voudrais ensuite te rabaisser ? Perdre tout ce beau jargon scientifique que tu as appris pendant des années ? Pourquoi est-ce que tu voudrais te rabaisser au niveau du grand public, au niveau des jeunes ? Moi je le vois comme une urgence absolue.

C’est hyper important de communiquer sur cette science, mais de communiquer de façon positive, d’expliquer simplement ce qui est en train de se passer et de motiver tout le monde à l’action.

À chaque fois que je parle avec des glaciologues, ils me disent : Bon, allez, Heidi quand est-ce que tu reviens ?Quand est-ce que tu reviens dans le droit chemin, en quelque sorte ? Quand est-ce que tu arrêtes dans ta petite vibe de communication scientifique, parce qu’ils ont un peu l’impression que je m’égare.

Énerve-toi sur les choses que tu peux contrôler, et les choses que tu ne peux pas contrôler, tant pis.

Ça a été une chance extraordinaire de pouvoir faire de la télé, de pouvoir faire des tournages. Et en fait, je donne beaucoup de valeur à ces opportunités qui te pulvérisent en dehors de ta zone de confort. Et là, la télé, pour moi, c’était carrément ça. Je suis quelqu’un d’assez timide à la base et je me disais jamais de la vie. Je me retrouver devant une caméra. Ça va être très bizarre.

Pour moi, je pense la réussite. Je dirais deux choses. C’est déjà d’avoir une certaine liberté dans nos choix. Je donne énormément de valeur à pouvoir choisir ce qu’on a envie de faire, ce qui nous motive, ce qui nous donne le feu. Aujourd’hui d’avoir le choix de pouvoir décider de ce qu’on veut faire, d’être à un croisement et de se dire non, je ne vais pas aller là où tout le monde va, je vais prendre la route à droite. C’est extraordinaire d’avoir cette liberté là et je pense qu’aujourd’hui, je suis arrivée à me construire quelque chose. J’ai énormément de liberté dans mon choix, où je peux vraiment décider de ce que j’ai envie de faire. Et à côté de ça, cette liberté, elle me rend extrêmement heureuse de pouvoir réussir, de se dire que j’ai réussi, c’est d’être heureuse. Et pour moi, je suis vraiment hyper heureuse de faire ce que je fais aujourd’hui. Je m’épanouis dans mon travail.

Dès que tu sors de ta zone de confort, c’est là où la magie se produit.

Je suis très contente d’être devenue Glaciologue, je suis surtout, beaucoup plus contente d’avoir suivi ma passion. Après les diplômes, je pense que ça reste un truc très, très français aussi. On donne beaucoup de valeur aux diplômes, mais pour moi, c’est ce qui me donne le plus de plaisir ou d’être heureuse d’avoir suivi ma passion.

Je pense que je mentirais si je disais que je n’avais pas eu peur à ce moment là. Déjà, ce qui était très difficile, c’était le regard, l’acceptation de ma communauté qui n’était pas là, et qui n’est toujours pas trop là aujourd’hui. C’est le regard de tous ses mentors, de tous ces super professeurs en glaciologie que j’ai eu et que j’admire énormément encore aujourd’hui. Mais finalement, de voir leur regard en disant on l’a formé toutes ces années. Et puis elle se lance dans la communication scientifique, mais pourquoi ? Et ça, j’ai eu un peu peur. Mine de rien de me dire, mais ce que je prends, la bonne décision que je prends, la bonne décision à mettre ça de côté. Et aujourd’hui, c’est très clair que j’ai complètement tourné la page, mais j’ai eu peur de prendre le bon chemin. Mes parents aussi, comme mon entourage familial m’a dit : Mais pourquoi est ce que tu sors de cette zone de confort absolu où tu vas faire une super carrière en glaciologie ? Je publiais dans de très bon journaux, c’était garanti pratiquement que ma carrière allait continuer dans le bon sens et j’ai un peu hésité. Mais finalement, toutes ces petites peurs, il faut quand même les écouter parce que ces petites peurs, c’est le moment où tu sors de ta zone de confort, c’est là où la magie se produit. Comme dans un jeu vidéo, le dernier boss que tu affrontes avant de sortir de sa zone de confort. Et si tu l’anéantis, ce boss là tu apprends. À quel point tu grandis, quand tu sors de ta zone de confort ! Et aujourd’hui, chaque opportunité que j’ai qui me sort hors ma zone de confort – qui s’agrandit petit à petit chaque jour – mais chaque opportunité de sortir de cette zone de confort, je lui donne beaucoup de valeur parce que je me dis que même si j’hésite un peu avant d’y aller, je me dis allez GO, tu vas vraiment grandir. La peur, il faut l’écouter, mais il faut aussi pouvoir la mettre un petit peu de côté.

Je suis très fière d’avoir suivi mon instinct, d’avoir suivi ma petite voix. Malgré tous ces éléments, toutes ces sirènes qui te disent non reste dans un chemin plus traditionnel, reste dans ces petites boîtes qui sont très confortables. Finalement, je suis super fière de les avoir respectées, mais de ne pas trop les avoir écouté.

N’hésites pas à provoquer un petit peu cette chance et à saisir les opportunités quand elles se présentent.

Oser dire OUI à ce qui alimente ton feu sacré.

L’objet choisi par Heidi

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Une réponse

  1. […] et je trouve ça très riche. Le dernier en date étant celui de glaciologue avec la merveilleuse Heidi Sevestre. Si vous êtes à la recherche des coulisses d’un métier et cela sous une forme ludique, ne […]

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