178 Podcast – L’enfant face au harcèlement avec Emmanuelle Piquet
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Dans cet épisode, Emmanuelle Piquet partage :
- Pourquoi vouloir faire taire le harceleur ne marche pas (et que faire à la place) ;
- L’approche de l’école de Palo Alto : aider l’enfant harcelé à reprendre le pouvoir ;
- Les 2 ingrédients clés : le courage et l’autodérision (illustrés par l’histoire d’Ernest et César) ;
- Les signaux faibles qui doivent t’alerter — dimanche soir, veilles de rentrée, changements de comportement ;
- Les 3 erreurs que font tous les parents avec amour — et qui aggravent ;
- Pourquoi « plus on protège nos enfants, moins on les protège » parfois.
Dans cet épisode du podcast Pourquoi pas moi, enregistré au Congrès Innovation en éducation, je reçois Emmanuelle Piquet. Thérapeute systemicienne, spécialiste reconnue de la lutte contre le harcèlement scolaire, elle accompagne depuis des années les enfants, les adolescents, les familles et les équipes éducatives confrontées à ces situations douloureuses. Son approche, héritée de l’école de Palo Alto, est à contre-courant : au lieu de demander au harceleur de redescendre, elle aide l’enfant harcelé à remonter. Une conversation profondément humaine, pragmatique, et qui change vraiment le regard.
Cet épisode devrait particulièrement te plaire si…
- Tu es parent et tu suspectes que ton enfant traverse une situation difficile à l’école ;
- Tu te demandes quels signes doivent vraiment t’alerter (et lesquels relèvent de la crise d’ado) ;
- Tu te sens souvent impuissant·e face à ce que ton enfant te raconte le dimanche soir ;
- Tu travailles avec des enfants (enseignant·e, éducateur·rice, soignant·e) et tu cherches des outils concrets ;
- Tu veux comprendre comment fonctionne réellement la mécanique du harcèlement — et pourquoi ignorer ne marche pas ;
- Tu veux apprendre à te tenir accroupi·e à côté de ton enfant, plutôt qu’entre lui et le monde.
⏱️ Les moments clés de l’épisode
- 00:58 Le mot qui définit Emmanuelle : « Apaisement »
- 02:28 Comment définir le harcèlement (l’escalade complémentaire)
- 03:41 Les 2 ingrédients : courage + autodérision
- 05:08 L’exemple d’Ernest et César
- 06:39 Pourquoi la souffrance de l’enfant nourrit le harceleur
- 07:47 Quel adulte choisir quand on est harcelé
- 09:06 Les signaux faibles qui doivent alerter les parents
- 10:26 Le dimanche soir et les veilles de rentrée
- 11:18 Les 3 idées phares à retenir
- 12:59 Les 3 erreurs que font les parents avec amour
- 14:57 Les 3 facteurs de risque identifiés par la recherche
- 16:43 Le conseil simple : l’autodérision au quotidien
- 17:55 Le message aux enseignants + le jeu No Web Buly
- 19:50 Être aligné selon Emmanuelle
- 20:14 L’idée à déconstruire : sur-protéger fragilise parfois
- 20:21 Le plus grand défi : réconcilier les générations
- 21:51 Où retrouver Emmanuelle
Ce qu’il faut retenir de l’interview avec Emmanuelle Piquet
Certaines phrases de cet épisode te resteront longtemps en tête. En voici 5 qui méritent qu’on s’y arrête.
« Le carburant du harcèlement, c’est la souffrance de l’enfant harcelé. »
La phrase qui retourne tout le sujet. Le harceleur ne harcèle pas dans le vide — il harcèle parce qu’il perçoit la souffrance de l’autre, et que cette souffrance lui confirme que ça marche. Chaque fois que ton enfant montre qu’il a mal — en suppliant, en évitant, en allant chercher un adulte qui crie « arrêtez » — il renvoie l’information que le harceleur a un impact. Et donc, qu’il peut continuer.
« Un enfant capable d’autodérision, il n’y a plus de place pour se moquer de lui. »
Le cœur de la méthode Piquet. Si ton enfant arrive à rire le premier de ce sur quoi le harceleur appuie — il neutralise complètement le levier. Ce n’est pas facile (c’est souvent une zone très complexée), c’est pour ça que ça demande du courage et de l’entraînement. Mais c’est ce qui transforme le rapport de force, sans demander à l’autre de bouger.
« Plus on protège nos enfants, moins on les protège. »
L’idée la plus contre-intuitive de l’épisode. Vouloir tout filtrer pour ton enfant — toutes les difficultés, tous les inconforts, toutes les frictions — c’est l’empêcher d’acquérir cette « grammaire relationnelle » qu’Emmanuelle appelle de ses vœux. Apprendre à gérer des gens problématiques, ça s’apprend en s’y confrontant, avec un adulte accroupi à côté.
« On est beaucoup plus efficace quand on est accroupis à côté d’eux, pas entre eux et le monde. »
L’image la plus utile que je t’invite à mémoriser. Ton enfant traverse quelque chose de dur ? Mets-toi à sa hauteur. À côté de lui. Pour regarder le monde dans la même direction que lui. Pas pour le porter, ni pour le filtrer — pour l’équiper.
« Considérons nos enfants, même en situation de harcèlement, comme des êtres compétents et porteurs de ressources. »
Le premier message qu’Emmanuelle aimerait offrir à tous les parents. Trop souvent, dès qu’un enfant souffre, on le regarde comme un petit chaton mouillé — vulnérable, incapable, à protéger absolument. Or il a beaucoup plus de compétences relationnelles que nous le pensons. Notre rôle n’est pas de faire à sa place. Il est de le révéler à lui-même.
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Pourquoi vouloir faire taire le harceleur ne marche pas
C’est la chose qu’Emmanuelle dit avec le plus de conviction — et la plus dure à entendre pour les parents et les institutions : demander au harceleur d’arrêter aggrave très souvent la situation.
Pourquoi ? Parce que cette demande renforce la position haute du harceleur (« mon harcèlement est si efficace qu’il faut une autorité pour me demander d’arrêter »). Et parce qu’elle place l’enfant harcelé dans une posture encore plus basse — il n’a même pas réussi à régler ça seul, sa mère est venue le défendre.
L’institution scolaire fait massivement ça depuis des années. Et les chiffres montrent que ce n’est pas ce qui marche. Pas parce que c’est mal pensé, mais parce que ça travaille du mauvais côté de la relation.
La proposition de Palo Alto, et celle d’Emmanuelle, c’est l’inverse : s’asseoir à côté de l’enfant harcelé. Pas pour le protéger. Pour le réarmer. Pour l’aider à reprendre le contrôle de cette relation. Et donc, la rééquilibrer.
Le dimanche soir, le radar à activer
Si tu ne dois retenir qu’un seul signal d’alerte pratique, retiens celui-là : le dimanche soir et les veilles de rentrée scolaire. Quand un enfant commence à avoir des maux de ventre, des angoisses, des effets physiologiques juste avant de retourner à l’école — ce n’est jamais par hasard.
Ça ne veut pas forcément dire harcèlement. Ça peut être l’évaluation. Ça peut être la peur d’échouer. Ça peut être un chagrin d’amitié (Emmanuelle insiste : on en parle pas assez, et ça fait très mal). Mais dans tous les cas, ça veut dire qu’il se passe quelque chose. Pose la question. Reste disponible. Sans dramatiser, sans minimiser.
L’autre signal faible — plus subtil, plus précieux : un enfant jusque-là pacifique, câlin, affectueux dans la fratrie, qui devient soudainement agressif voire cruel avec ses frères et sœurs. Ce n’est pas forcément « la crise d’ado ». Parfois, c’est juste qu’à la maison, il évacue ce qu’il ne peut pas évacuer ailleurs.
🎯 L’autodérision : l’arme la plus sous-estimée contre le harcèlement (l’histoire d’Ernest et César)
Le cas qu’Emmanuelle raconte dans la conférence — emblématique de sa méthode. Une fois que tu l’as compris, tu vois différemment toutes les dynamiques de groupe.
C’est sans doute le moment le plus éclairant de l’épisode. Voici exactement de quoi il s’agit.
1. La situation
Le petit Ernest demande à un autre garçon de sa classe — César — l’autorisation de jouer. César refuse. Ernest se soumet, demande encore. Refus. Encore. Refus. Il finit isolé sur le « banc de l’amitié », encore plus seul. La stratégie de demande d’autorisation a renforcé la position dominante de César.
2. La proposition d’Emmanuelle
Au lieu de demander l’autorisation, Ernest entre dans le jeu directement. Et quand César lui dit « à quel moment tu t’es cru autorisé à venir jouer ? », Ernest répond : « C’est parce que tu t’appelles César que tu te prends pour un empereur ? ».
3. Pourquoi ça marche
La phrase est drôle, intelligente, et elle ridiculise la posture — pas la personne. César ne peut pas la prendre comme une attaque personnelle, mais la dynamique de toute-puissance est désamorcée. La classe rit avec Ernest. Le rapport de force se rééquilibre. César perd son pouvoir.
4. Le principe à retenir
L’autodérision et la « contrebande relationnelle » consistent à ne jamais ridiculiser l’être, mais à ridiculiser la posture. Tu ne moques pas César pour ce qu’il est — tu moques son comportement autocratique. C’est subtil, c’est précis, et c’est ce qui rend la méthode si efficace quand elle est bien préparée.
5. Comment l’entraîner avec ton enfant
Ça demande de la préparation. On ne s’improvise pas Ernest. À la maison, tu peux jouer la scène avec ton enfant. Trouver ensemble les phrases qui marcheraient. Tester. Reprendre. C’est de l’entraînement relationnel — et c’est ce travail-là que les thérapeutes formé·es à Palo Alto font avec les enfants en consultation.
⚠️ Cet encart vulgarise une approche issue de l’école de Palo Alto, partagée par Emmanuelle Piquet et son équipe. Elle ne s’improvise pas seule dans des situations graves. Pour un accompagnement adapté, l’équipe à180degrés propose des consultations spécialisées partout en France.
Et toi, quel adulte ton enfant peut-il appeler ?
Une des phrases les plus précieuses d’Emmanuelle dans cet épisode, c’est : « parle à un adulte qui ne fera rien sans ton accord ». Pas n’importe quel adulte. Pas un CPE qui voudra à tout prix « régler le truc ». Pas une maman qui voudra appeler les parents de l’autre. Pas même un enseignant qui voudra alerter la direction.
Un adulte qui peut s’engager à écouter, comprendre, et ne rien faire sans l’autorisation expresse de l’enfant. C’est rare. C’est précieux. Et c’est ce qui permet à l’enfant harcelé de retrouver un sentiment de contrôle — déjà ça.
Si tu es ce parent-là, dis-le à ton enfant explicitement. Et tiens parole, même quand tu en mourras d’envie de bouger.
C’est aussi ce qu’on cultive dans le bilan de compétences et de besoin Pourquoi pas moi. Apprendre à s’entendre soi-même. Apprendre à entendre l’autre sans le sauver. Apprendre à équiper plutôt qu’à protéger. Pour les adultes — et indirectement, pour les enfants qu’ils élèvent ou accompagnent.
5 phrases à retenir de cet épisode
« Le carburant du harcèlement, c’est la souffrance de l’enfant harcelé. »
— Pourquoi montrer sa souffrance maintient l’escalade
« Un enfant capable d’autodérision, il n’y a plus de place pour se moquer de lui. »
— Le cœur de la méthode Palo Alto
« Plus on protège nos enfants, moins on les protège. »
— L’idée reçue qu’elle aimerait déconstruire
« On est plus efficace accroupis à côté d’eux, pas entre eux et le monde. »
— La posture parentale la plus utile
« Considérons nos enfants comme des êtres compétents et porteurs de ressources. »
— Le premier message qu’elle adresse aux parents
Tu veux apprendre à équiper plutôt qu’à protéger ?
Le bilan de compétences et de besoin Pourquoi pas moi t’accompagne pour clarifier ce qui t’anime vraiment, identifier tes besoins, et apprendre à reprendre les rênes. Méthodologie primée Psychologies Magazine. Finançable CPF. →
Emmanuelle Piquet
Thérapeute · Spécialiste de la lutte contre le harcèlement scolaire · Autrice · Fondatrice des centres à180degrés
Emmanuelle Piquet accompagne depuis de nombreuses années les enfants, les adolescents, les familles et les équipes éducatives confrontées à des situations relationnelles douloureuses, complexes et trop fréquentes. Inspirée par l’école de Palo Alto, son approche est à la fois pragmatique, responsabilisante et profondément humaine : changer de regard, sortir de l’impuissance, redonner des leviers d’action aux enfants et aux adultes, transformer la relation plutôt que de figer les rôles. Elle est l’autrice de plusieurs ouvrages de référence sur le sujet, et a co-créé le jeu de prévention No Web Buly.
📚 Pour aller plus loin avec Emmanuelle Piquet
Emmanuelle est l’autrice de plusieurs ouvrages incontournables sur le harcèlement scolaire et les relations chez les enfants. Tous écrits avec la même promesse : rendre les concepts cliniques accessibles, donner des outils très concrets, sortir de la culpabilisation.
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