180 – La santé mentale des jeunes avec Delphine Py
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Dans cet épisode, Delphine Py partage :
- Pourquoi les jeunes vont mal aujourd’hui (et ce que le climat actuel y change) ;
- Comment distinguer une crise d’ado normale d’un vrai signal d’alerte ;
- Comment parler de psy à un ado sans qu’il te réponde « je ne suis pas fou » ;
- Le piège des biais d’interprétation (hostilité et égocentrisme) qui font que ton ado se braque pour rien ;
- Pourquoi « les mauvais parents ne se posent pas la question » — et ce que ça change si tu culpabilises.
Dans cet épisode du podcast Pourquoi pas moi, enregistré en marge du Congrès Innovation en éducation, je retrouve Delphine Py. C’est la deuxième fois qu’elle vient sur le podcast — la première, c’était l’épisode #119, où elle nous avait raconté son parcours avec beaucoup de finesse. Delphine est psychologue clinicienne, conférencière et autrice. Elle s’engage depuis des années sur un sujet aussi essentiel que délicat : la santé mentale des jeunes. Un sujet dont on parle davantage aujourd’hui, mais qui reste encore rempli de flou, de peur, et parfois d’impuissance côté parents et éducateurs. Le but de cet épisode : mettre des mots simples sur des réalités complexes — pour mieux repérer, mieux comprendre, et surtout mieux agir. Sans dramatiser. Sans minimiser.
Cet épisode devrait particulièrement te plaire si…
- Tu es parent d’un ado (ou bientôt) et tu te demandes parfois si ce qu’il vit est « normal » ;
- Tu te sens démuni·e quand ton enfant va mal et tu ne sais pas par où commencer ;
- Tu veux savoir repérer les vrais signaux d’alerte sans tomber dans la panique ;
- Tu travailles avec des jeunes (enseignant·e, éducateur·rice, soignant·e) et tu cherches des clés concrètes ;
- Tu veux mieux gérer tes propres émotions pour aider ton ado à gérer les siennes.
⏱️ Les moments clés de l’épisode
- 00:49 Delphine se définit en un mot : « authentique »
- 00:58 Pourquoi la santé mentale des jeunes lui tient à cœur
- 01:13 Pourquoi les jeunes vont mal aujourd’hui
- 02:21 Le premier tips : décortiquer les pensées d’un ado
- 03:24 Les 3 idées phares sur les émotions
- 04:39 Le « tracassin » : mettre les bons mots sur ce qu’on ressent
- 05:50 Crise d’ado ou vrais signaux d’alerte : la nuance
- 07:14 Le tabou du psy : « Je ne suis pas fou maman »
- 08:19 L’écoute : le geste le plus important au quotidien
- 09:12 Message aux parents qui culpabilisent
- 09:42 Message aux enseignants et éducateurs
- 10:07 Être aligné = vivre en accord avec ses valeurs
- 11:46 Les biais d’interprétation : hostilité et égocentrisme
- 15:13 Recadrer avec douceur et humour
- 17:50 Le plus grand défi de l’éducation aujourd’hui
- 19:16 Réseaux sociaux : les comprendre pour mieux protéger
Ce qu’il faut retenir de l’interview avec Delphine Py
Certaines phrases de cet épisode te resteront longtemps en tête. En voici 5 qui méritent qu’on s’y arrête.
« Les mauvais parents ne se posent pas la question. »
La phrase que tout parent qui culpabilise devrait épingler au-dessus de son lit. Quand tu te demandes si tu fais bien, si tu en fais assez, si tu réagis trop tard — c’est précisément le signe que tu es un parent attentif. Delphine le rappelle calmement : on fait tous du mieux qu’on peut, jamais parfaitement, et c’est OK.
« Mieux vaut s’inquiéter quand ce n’est pas grave que ne pas s’inquiéter quand ça l’est. »
Sa réponse aux parents qui n’osent pas poser la question, par peur d’aggraver, de stigmatiser, ou simplement de se tromper. En matière de santé mentale, l’erreur n’est jamais de s’être inquiété pour rien. L’erreur, c’est de ne pas avoir vu.
« Une émotion ignorée nous revient comme un boomerang dans la figure. »
Le cœur de sa pédagogie. Une émotion n’est pas là pour nous casser les pieds : elle a une fonction. Elle nous signale un besoin, un manque, une valeur touchée. Si on l’ignore, elle s’installe ailleurs — dans le corps, dans le comportement, dans la relation.
« Plus ils sont chiants, plus c’est pour qu’on leur dise qu’on les aime. »
La phrase qui fait sourire et qui soulage. Quand ton ado est insupportable avec toi spécifiquement (et adorable avec les autres), ce n’est pas un échec relationnel. C’est un test inconscient de la solidité du lien. Tu es le parent de confiance. C’est dur, mais c’est aussi beau.
« Si on se braque, l’autre va se braquer aussi. »
La règle d’or quand ton ado te parle mal, claque les portes ou répond du tac au tac. Au lieu de monter le ton, recadrer avec douceur, voire avec humour : « Quand tu dis ça, là, je me sens un peu agressée. » Tu maintiens le lien. Tu désamorces. Et tu lui apprends à faire pareil avec les autres.
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Comme Delphine le rappelle, on ne peut pas aider les autres à écouter leurs émotions si on n’écoute pas les nôtres. 10 minutes pour faire le point sur ce qui te pèse vraiment, et où tu en es. →
Pourquoi tu peux arrêter de culpabiliser maintenant
Une des choses qui frappe quand on écoute Delphine, c’est sa douceur avec les parents. Pas de leçon de morale. Pas d’injonction à « être un meilleur parent ». Juste un rappel précieux : un parent qui s’inquiète, c’est déjà un parent bienveillant.
Même si tu réagis un peu tard. Même si tu n’as pas vu venir. Même si ta phrase est sortie trop sèche ce matin-là. Le fait que tu sois en train de te poser la question — « est-ce que je fais bien ? » — est le signe que tu es un parent qui accompagne. Les parents qui ne se posent pas la question sont ceux qui ne se demandent pas. Pas toi.
Et l’autre cadeau de cet épisode, c’est la nuance entre crise d’ado et vrai signal d’alerte. La règle de Delphine : ce qui doit attirer ton attention, ce n’est pas un comportement isolé. C’est un grand changement par rapport au fonctionnement d’avant. Un enfant qui aimait sortir et qui s’isole. Une ado joyeuse qui devient agressive. Un jeune qui abandonne ses loisirs. Ce sont des bascules, pas des humeurs.
Le tabou du psy : « Je ne suis pas fou maman »
Cette phrase, Delphine l’entend tout le temps. Et la plupart des parents qui m’écoutent l’ont déjà entendue eux aussi. Je l’ai entendue de la bouche de mon propre fils quand je lui ai proposé de voir un psy après notre séparation avec son papa. Sachant que dans la famille, presque tout le monde consulte.
L’ancrage est profond : voir un psy = être fou. Il faut du temps pour le déconstruire.
La proposition concrète de Delphine : montrer qu’on peut aller voir le psy une ou deux fois, pas forcément entamer une thérapie longue. Montrer qu’en thérapie, on peut rire, on peut repartir avec des outils, on peut tester. Et si l’ado refuse maintenant — lui dire qu’il sait que la porte reste ouverte. Que ce sera possible plus tard, quand il en aura envie.
Ce n’est pas un échec d’avoir essuyé un refus. C’est une graine plantée.
🧠 Les biais d’interprétation : pourquoi ton ado se braque quand tu lui demandes « comment s’est passée ta journée ? »
Le concept de Delphine qui change tout dans la relation parent-ado. Une fois que tu l’as compris, tu vois ces biais partout — et tu cesses de les prendre personnellement.
C’est sans doute le moment le plus éclairant de l’épisode. Voici exactement ce qu’il faut comprendre.
1. C’est quoi, un biais d’interprétation ?
C’est une lecture automatique et déformée d’une situation neutre. Notre cerveau prend un élément ambigu, l’interprète dans un certain sens, et déclenche une émotion en conséquence — comme si cette interprétation était la vérité. Sauf qu’elle ne l’est pas toujours.
2. Le biais d’hostilité chez l’ado
Tu demandes à ta fille comment s’est passée sa journée — un message neutre, presque banal. Et elle te répond comme si tu venais de la critiquer. Ce n’est pas du caprice : c’est un biais d’interprétation hostile. Des éléments neutres dans la relation sont automatiquement lus comme une agression. Très fréquent à l’adolescence.
3. Le biais d’égocentrisme (ou biais anxieux)
Son cousin discret mais ravageur. C’est l’impression que tout le monde la regarde, tout le temps. Que tous les jugements négatifs lui sont adressés. Qu’elle est mal habillée, qu’elle fait mal, qu’elle est « gênante » — alors qu’en réalité, la plupart du temps, les gens autour ne la remarquent même pas.
4. Comment l’aider sans l’enfoncer
Le réflexe à éviter : se braquer en retour, ou rationaliser à coups de logique (« mais non, c’est faux, personne ne te regarde »). Ce qui marche, selon Delphine : confronter doucement à la réalité, expérimenter. Faire des petits tests. Aller demander. Vérifier ensemble si la pensée tient debout. Et surtout, recadrer avec douceur et humour quand l’ado nous parle mal — au lieu d’entrer en conflit frontal.
5. Quand consulter
Si ces biais s’intensifient, deviennent envahissants, s’accompagnent de troubles du sommeil, de l’alimentation, ou d’un isolement marqué — ce n’est plus de la « crise d’ado ». C’est le moment de proposer un accompagnement par un professionnel formé. Pas en dramatisant. En posant simplement l’option, et en restant disponible.
⚠️ Cet encart vulgarise des notions partagées par Delphine Py, psychologue clinicienne, dans le cadre de l’éducation positive. Il ne remplace pas un diagnostic clinique. En cas d’inquiétude réelle (idées sombres, repli marqué, comportements à risque), l’accompagnement par un psychologue ou psychiatre reste indispensable.
Et toi, comment écoutes-tu tes propres émotions ?
Il y a une phrase de Delphine qui revient en filigrane dans tout l’épisode : tu ne peux pas accompagner ton ado à mettre des mots sur ce qu’il ressent si tu n’as pas appris à le faire pour toi.
C’est un point que j’ai vu mille fois dans les bilans de compétences et de besoin. Des femmes — et des hommes — brillants dans leur vie pro, hyper structurés, hyper performants, qui n’ont jamais vraiment été équipés pour identifier ce qui se passe à l’intérieur. Reconnaître la peur quand elle se déguise en colère. Repérer la tristesse qui se cache derrière l’irritation. Nommer la fatigue avant qu’elle bascule en épuisement.
C’est exactement le travail qu’on fait pendant un bilan. Apprendre à entendre sa petite voix, à mettre des mots précis sur les ressentis, à identifier les besoins. Pas pour soi seulement. Pour pouvoir, ensuite, faire le même travail avec ses enfants. Avec sa famille. Avec ses collègues. Parce que les compétences émotionnelles, ça se transmet par contagion.
5 phrases à retenir de cet épisode
« Les mauvais parents ne se posent pas la question. »
— Pour tous les parents qui culpabilisent
« Mieux vaut s’inquiéter quand ce n’est pas grave que ne pas s’inquiéter quand ça l’est. »
— Sur la nuance entre crise d’ado et vrai signal d’alerte
« Une émotion ignorée nous revient comme un boomerang. »
— Sur la fonction utile des émotions
« Plus ils sont chiants, plus c’est pour qu’on leur dise qu’on les aime. »
— Sur les ados qui craquent (chez le parent de confiance)
« Si on se braque, l’autre va se braquer aussi. »
— Sur l’art de recadrer avec douceur et humour
Tu veux réapprendre à écouter ta petite voix et reconnecter à tes besoins ?
Le bilan de compétences et de besoin Pourquoi pas moi t’accompagne pour mettre des mots précis sur ce que tu vis, identifier ce qui te pèse, et reprendre les rênes. Méthodologie primée Psychologies Magazine. Finançable CPF. →
Delphine Py
Psychologue clinicienne · Conférencière · Autrice · Maman
Delphine Py est psychologue clinicienne, conférencière et autrice. Elle s’engage depuis des années sur la santé mentale des jeunes — un sujet qu’elle aborde avec lucidité, douceur et concret. Elle accompagne aussi parents, enseignants et éducateurs pour mieux repérer, mieux comprendre, et mieux agir. Cette deuxième interview au podcast a été enregistrée en marge du Congrès Innovation en éducation.
📚 Pour aller plus loin avec Delphine Py
Delphine est l’autrice de plusieurs ouvrages destinés aux parents, aux jeunes et aux professionnels de l’éducation et de la santé. Tous sont écrits avec la même promesse : rendre les concepts de psychologie clinique accessibles, simples à appliquer au quotidien — sans jargon, sans culpabilisation.
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